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VITICULTURE
25.04.2016

Intervention de la Confédération paysanne de Gironde à l'Assemblée générale du CIVB 25/04/2016

La Confédération paysanne a assisté le 25 avril à l'Assemblée générale du CIVB. Elle avait pour thématique le "syndrome de dépérissement de la vigne",la question de plus en plus sensible des pesticides et le "désamour" actuel des professionnels pour les vins de Bordeaux. L'occasion pour la Conf' d'expliquer que l'industrialisation de la filière est l'un des facteurs du dépérissement des vignes mais également de pointer la nécessité d'élaborer un plan de sortie des CMR* et et d'organiser l'accompagnement des viticulteurs dans leur transition vers des systèmes de production utilisant moins d'intrants nocifs et qui soient plus axés sur la valorisation du produit que sur l'industrialisation des procédés.
Le syndrome de dépérissement du vignoble: l'industrialisation des pratiques est au cœur du problème 

les plants sont produits dans un mode  qui s'est industrialisé : la sélection clonale accentue les fragilités liés à la monoculture de la vigne, la mécanisation de la greffe oméga a permis l'accélération des cadences : on fait 8000 plants /jour, on en faisait 1000 à 2000 du temps de la greffe anglaise. La demande a explosé du fait des politiques de restructurations et le tri des plants n'a probablement pas été à la hauteur.

les méthodes de taille ont changé : le sécateur électrique facilite la taille et facilite les grosses plaies de taille, alors même que les méthodes traditionnelles de taille sont parfois antiphysiologiques. Revenir à des dimensions d'entreprise plus humaines, permettant une observation précise et un travail plus respectueux, c'est probablement le début de la solution  Suivre de près le tri des plants et réapprendre à tailler en respectant les flux de sève sont probablement les meilleures prophylaxies, en même temps que tout ce qui participe à rompre avec la monoculture et à favoriser la biodivesrsité (sélection massale, enherbement, plantation de haies etc...).  Et les orientations de la recherche par le plan anti dépérissement devraient en tenir compte

Les pesticides

Notre filière a été récemment secouée par une émission Cash Investigation où la Gironde a été montrée du doigt comme un des plus gros utilisateurs de pesticides Cancérigènes Mutagènes Reprotoxiques. La cellule communication du CIVB qui,  en avril 2014, prétendait  « connaitre les journalistes et la manière de leur répondre, sans alimenter leur connaissance des problèmes. » (17 avril 2014) a bel et bien été débordée. L'Omerta, c'est dépassé et , on l'espère c'est du passé. Le fait qu'on trouve dans les cheveux des bambins de maternelle des écoles de village des molécules de pesticides  dangereux, personne ne peut trouver ça normal et sain. Et tout cela entache gravement l'image de notre profession et la réputation de nos vins avec des conséquences commerciales immédiates.

Que proposons nous ?

Mettre en place un plan de sortie des CMR* sur l'ensemble du vignoble . En matière de traitements phytosanitaire les matières actives n'ont pas toutes la même dangerosité. Il serait temps d'en prendre acte. Baisser les Indices de Fréquence de traitements est un objectif qui perd tout sens si l'on ne considère pas la qualité toxicologique de ce qui est épandu.

Sortir de la dépendance aux glyphosate. Beaucoup d'argent et divers trafic d'influence pèsent pour organiser la désinformation sur cette substance qui colore en orangé les sols de nos vignobles chaque printemps et dont les métabolites polluent 95 % des  eaux de surface en France. En plus d'être cancérigène, c'est un perturbateur endocrinien. Il est donc nocif donc même à très faible dose.

Mettre en place une vraie campagne d'allègement de la bouteille de vin de Bordeaux. La bouteille lourde cela ne devrait plus exister à Bordeaux depuis des années. Sinon pourquoi faire un bilan carbone? A Bordeaux l'élégance, c'est la légèreté, ce devrait être un leit motiv

Eviter d'affirmer que Bio ou conventionnel les nuisances environnementales sont les mêmes. Parce que c'est faux, Dénigrer la  Bio ne sert personne. De plus en plus de grands Crus classés passent en Bio , cette possibilité ne doit pas être réservée au grands Crus

Pour une viticulture paysanne
Les vignerons n'utilisent pas des pesticides dangereux et des herbicides nocifs par plaisir. Pour la plupart, le modèle économique auquel ils sont soumis les obligent à des pratiques visant à abaisser toujours plus leurs coûts de production à l'unité produite. La course à l'industrialisation qui en découle n'empêche pourtant pas de travailler à perte.  Beaucoup en ont l'expérience.
 
La viticulture de Bordeaux ne pourra se tirer par le haut de la question des pesticides qu'à 2 conditions:

que les vignerons soient payés pour leur travail et pour cela il faut que les vins de Bordeaux soient  valorisés sur les marchés et qu' une répartition équitable de la valeur ajoutée soit assurée.Faire de la marge plutôt que du volume. Les négociations opaques du Traité transatlantique  (TAFTA) pose le problème de l'avenir des Indications Géographiques Protégées. Sont elles vraiment défendues ?

Que les viticulteurs soient soutenus dans leurs efforts par les pouvoirs publics. Qu'une volonté politique forte s'affirme, enfin dégagée de l'emprise des industries phyto sanitaires. La diminution  de l'usage des pesticides suppose une agriculture  qui remette le travail paysan et la biodiversité au cœur de la production. Chaque parcelle doit être considérée comme un éco -système. Cela nécessite observation, connaissance du milieu et des interactions qui s'y développent .
L'échec du programme ECO PHYTO (+14 % de CMR* en plus en 2014 par rapport à 2013) est un exemple de ce qui résulte quand, pour réduire l'usage des pesticides, on s' appuie prioritairement sur les zélateurs de l'agriculture chimique…

 « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré ».

Un dernier mot pour ceux que ça rase de m'entendre toujours mettre l'accent sur les questions environnementales et qui se persuadent facilement que tout ça c'est de l'idéologie.. En juin 2012 est paru dans la revue scientifique  « Nature » un article qui résumait le résultat des travaux entrepris par une équipe d'une vingtaine de chercheurs de renommée internationale (des biologistes des climatologues, paléontologues, des physiciens spécialistes des équilibres etc.… ) Cet article, qui a fait un peu de bruit,  mettait en cause la mise à mal de la biosphère par l'emprise sans limite des activités humaines et s'intitulait « vers un effondrement  imminent et irréversible de l'ensemble des écosystèmes terrestres »(Approaching a state shift in Earth's biosphere) Je le tiens à votre disposition dans sa version originale intégrale. Vous y rajoutez le dernier rapport du GIEC* et, par ex le rapport Meadows revu et corrigé en 2012 ... Les scientifiques nous décrivent le monde tel qu'il est et c'est dans le cadre de cette réalité, même si elle nous dérange, que nous devrions placer l'ensemble de nos réflexions.

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